L’Envolée d’une triste pensée

Spectacle de lectures musicales sur le Tango et l’Argentine, créé par le Théâtre de la Tarlatane en mai 2013. Textes (de Jean Richepin, Jorge Luis Borges, à Wolfram Fleishauer, en passant par Hugo Pratt), chansons (de Homero Manzi et Enrique santos Discépolo à Daniel Melingo) et musiques (de Lucio Demare à Astor Piazzola) autour du Tango et de l’Argentine.

L’EQUIPE

Isabelle Bianchi, Tom Jallet, Damien Schilteiss, Philippe Jallet, Robert Bianchi

Tango, tour à tour renié ou défendu… dans une Argentiné déchirée soumise à une histoire douloureuse.

 » Les photos de ceux qu’on appelle « les disparus », qui décorent un peu partout les murs de San Telmo, rappellent au visiteur que l’Argentine détient un triste record de meurtriers de masse et de tortionnaires psychopathes en liberté. […] Les mères et les grand-mères de ces disparus qui, pour la plupart, avaient entre vingt et trente ans, tournent vainement tous les jeudis après-midi sur la Plaza de Mayo, devant le siège du gouvernement, en demandant justice pour leurs enfants et petits-enfants enlevés, torturés et assassinés par l’état. La population les appelle aimablement las locas, les folles. »

Extrait de « Trois minutes avec la réalité » de Wolfram Fleishauer

« Fêlure, débauche, amour, jeu et mort… Le tango est une pensée triste qui se danse. D’inspiration populaire, le spleen chaloupé des marginalisés argentins est né sur le bitume. Très vite il a débordé les bas-fonds pour envahir la « bonne » société. Et cette tarentule tropicale a fini par se jouer aussi des océans. […] Qui se souvient aujourd’hui que le tango fut, lors de sa sortie, jugé obscène et diabolique par la papauté ? »        

Extrait de « Tango » de Hugo PRATT

Danse, Musique et Poésie ont accompagné ma plus tendre enfance. Je n’ai pourtant goûté au tango argentin (belle association des trois) que tardivement. Auparavant, j’avais souvent observé admirativement mes parents exercer avec le sérieux de rigueur, la marche pleine d’émotion du tango. Tout comme eux, de nombreux immigrés italiens avaient su exprimer leur déracinement, mais aussi leurs espoirs à travers ces pas sublimes à mes yeux : Argentine – terre d’argent –  l’autre Amérique des italiens.

   Goûter à cette danse, c’est se retrouver rapidement dans un tourbillon où le charme réside dans l’improvisation. Le danseur, la danseuse (les tangueros) découvrent l’instant présent. Chaque nouveau pas n’est que surprise. Le tango, c’est l’art de danser le temps présent, ne pas anticiper, être à l’écoute du partenaire.

   Attirée dans la frénésie de cette danse, j’ai éprouvé le besoin d’approfondir ma connaissance de cet Univers de tristesse où mouvement, poésie et musique s’entremêlent. 

   Il ne s’agit pas pour moi de tenir le rôle d’une conférencière mais d’aborder à travers différents auteurs, compositeurs et musiciens cette atmosphère d’amour et de haine.

Isabelle Bianchi, le 14 mars 2013

   Hugo Pratt, Wolfram Fleischauer, Jean Richepin, Enrique Santos Discépolo, Alfonsina Storni, Jorge Luis Borges… évoquent le tango et ses différentes facettes : sa musique, sa poésie, sa danse, ses voyages, l’histoire d’une immigration ou encore un univers marginal de débauche, tour à tour détesté et adoré!!!
Où les musiques et chansons d’Astor Piazzolla, Felix Luna et Ariel Ramirez, Javier Sanchez, Carlos Gardel, Aníbal Troilo… s’entendent au rythme du temps suspendu, dans ce monde improvisé où chaque instant est unique.

« Parler de tango bagarreur n’est pas assez ; j’irais jusqu’à dire que le tango et les milongas expriment directement quelque chose que les poètes ont souvent cherché à dire avec des mots : la conviction que le combat peut être une fête. » 

Jorge Luis Borges (1899-1986)

   Où l’on évoque le tango, « cette triste pensée qui se danse » comme l’a défini Enrique Santos Discépolo …

Photos : Patrice de Saint Jean